L'éducation est sans aucun doute le bien le plus précieux d'un individu. S'il en est raisonnablement pourvu, il pourra évoluer dans le monde dans de bonnes conditions, dans le cas contraire, cela lui sera quasiment impossible. Par éducation, on entend plusieurs choses : tout d'abord le respect des règles élémentaires de la vie en société, ensuite la culture générale qu'on lui inculquera. Il n'est pas nécessaire d'être très érudit pour être un individu responsable mais à l'inverse on ne peut pas devenir un individu responsable sans un minimum d'éducation. Vitor Hugo disait "Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons". On pourrait ajouter "Ouvrez des écoles, formez des enseigants et donnez-leur de l'autorité, et vous fermerez des prisons". En effet, tout le monde est d'accord sur ce point : il y a un problème dans l'Education nationale, et toutes les réformes successives n'y ont rien changé. Parce qu'aujourd'hui, l'éducation principale, basique, la plus importante, n'est plus assurée par la famille, et l'école doit s'y substituer, jusqu'à certains points où les institutions policières et juridiques doivent remplacer l'école. Cela n'est plus possible. Les deux domaines doivent être distincts. Bien évidemment, l'école peut et doit rappeler les valeurs morales de l'éducation qu'apprennent les parents, mais ce n'est qu'un rappel, et il doit y avoir un travail en amont, de façon à ce que l'école se concentre sur sa mission : l'enseignement.
Premier point : Règles de vie en société
Ces règles doivent être enseignées par les parents, au fur et à mesure de l'enfance, de manière éducative, c'est-à-dire à la fois comme quelque chose sur lequel on ne transige pas, mais qui peut être compris, et qui doit donc être expliqué (à ce titre, on peut très bien envisager des stages de formation pour les parents qui ne savent pas s'y prendre). Pour cela, il faut naturellement redonner de l'autorité aux parents. Il est lamentable de voir qu'aujourd'hui, les parents n'ont que des devoirs envers leurs enfants et quasiment plus aucun droit. Ces règles doivent être basées sur le respect, la tolérance et la non-violence, des notions qui paraissent évidentes mais qui dans les faits ne sont pas perçues comme telles. Je vais énoncer ici quelques règles simples qui permettent à un adulte (généralement un parent ou un enseignant) de réprimander efficacement ("correctement") un enfant (règles basées sur mon expérience de la fonction d'animateur) :
- toujours expliquer pourquoi il y a faute
- ne pas punir si la faute n'a pas été prévenue (un gamin ne peut pas imaginer que telle ou telle chose est "mal")
- donner une punition en relation avec la faute commise (le plus souvent réparation)
- ne jamais transiger sur une faute (conduit au sentiment d'impunité)
Si ces règles basiques sont respectées, l'enfant sera davantage responsabilisé et raisonnable.
Second point : Culture générale
Evidemment, chacun a des dispositions intellectuelles différentes, mais il existe un palier commun (en-dessous duquel on est psychologiquement classé "débile", ce qui est heureusement assez rare). On peut distinguer plusieurs cycles de formation scolaire gouvernemental : l'école primaire, le collège, le lycée et les écoles supérieures. Passons-les en revue un par un, en rappelant que l'école est aujourd'hui gratuite (disons qu'il n'y a pas de frais d'inscription, et qu'il existe des bourses pour les nombreux frais annexes) dans les trois premiers cycles, qu'elle est laïque (ce qui ne veut pas dire qu'elle le restera, il faut donc se battre pour qu'il en soit toujours ainsi) et obligatoire jusqu'à 16 ans (il serait peut-être préférable que ceux qui le souhaitent puissent la quitter à 14 ans pour un apprentissage professionnel, mais cela est HS pour le moment) :
- La base de la vie en société passe par l'apprentissage de la langue et du calcul. Ainsi, l'école primaire était à l'origine faite pour apprendre à lire, à écrire et à compter. Toutes sortes de "matières" ont été enseignées depuis, mais qui sont systématiquement rabâchées de classe en classe, et quand on s'aperçoit du taux impressionnant d'élèves analphabètes ou presque à l'entrée au collège, il serait préférable de les laisser de côté un an ou deux afin de remplir priorirairement ces objectifs basiques.
- Le collège et le lycée dispensent des cours théoriques (malgré quelques TP) qui apparaissent très souvent comme inutiles, et qui ne sont en fait qu'un moyen de sélectionner les élèves qui iront jusqu'au baccalauréat. Ces cours sont vécus comme ennuyeux parce que placés en dehors de tout contexte, et quand à cela s'ajoutent des enseignants spécialistes de leur discipline mais incapables d'animer un cours ou de faire respecter une ambiance favorable au travail, on comprend que les études secondaires n'emballent pas. Pour ce qui est des connaissances qui sont dispensées, elles devraient être recentrées sur la culture générale (littérature, histoire, langues, philosophie, sciences) alors qu'on abreuve les élèves de toutes sortes de matières "secondaires", au sens où elles ne devraient que faire partie des loisirs, en fonction des préférences de chacun (sport, musique, arts plastique, "études dirigées"...). Cela permettrait de baisser considérablement le nombre d'heures de cours par semaine, très élevé par rapport aux autres pays européens, avec des résultats moindres, pour se rapprocher du système germanique. Le but de cette éducation est l'épanouissement et la culture générale, c'est-à-dire des connaissances utiles sur le monde,
sans avoir à retenir par coeur des principes que du reste on ne comprend pas et qui seront oubliés en quelques semaines, voire quelques jours...
- L'enseignement supérieur est censé former des professionnels, qui généralement auront au moins un stage obligatoire en fin d'études. Avec la réforme LMD, les études durent au minimum 3 ans. Il ne faut pourtant pas négliger le technique. Le secondaire donne des connaissances, le supérieur devrait donner un emploi. Malheureusement, il existe beaucoup de filières, surtout à l'université (sciences humaines, langues...) qui ne conduisent qu'à devenir enseignant, alors que le nombre de postes diminue d'année en année... En outre, il y a un décalage impressionnant entre la fac et l'entreprise dont il devient urgent de s'occuper. Je ne peux pas ici réformer tout un système, mais celui-ci est en crise. Toute réforme devient laborieuse (à cause des syndicats étudiants dont l'Unef principalement), beaucoup sortent de la fac sans diplôme, et des milliers d'offres d'emploi sont sans réponse, essentiellement dans le bâtiment et la restauration. Il devient urgent de réhabiliter le manuel.
Nous venons de le voir, la société ne peut fonctionner qu'avec des individus équilibrés, raisonnables (capables de raisonner et de se faire raisonner) et avec un minimum de connaissances pour pouvoir s'adapter à toutes les situations. L'éducation est donc liée à la famille (cellule elle aussi en pleine crise et qui va devoir retrouver sa légitimité) et à l'emploi (car elle permet finalement de trouver une place dans la société - même s'il y a bien sûr d'autres façons de se faire une place dans la société qu'un emploi, cela peut être une reconnaissance associative, artistique, sportive, etc... - mais dans tous les cas cela suppose bel et bien une bonne éducation), ce qui en fait la structure la plus déterminante à la fois dans la vie d'un individu et dans la survie et, ne soyons pas pessimistes, dans l'évolution de la société.